===== PROTAGORAS 329D-330E — A VIRTUDE É UNA? ===== XVIII. — A cette question, Socrate, répondit Protagoras, la réponse est facile : la vertu est une, et les qualités dont tu parles en sont des parties. — En sont-elles, dis-je, des parties au même titre que la bouche, le nez, les yeux, les oreilles sont des parties du visage, ou sont-elles comme les parties de l’or, qui ne diffèrent les unes des autres et du tout que sous le rapport de la grandeur et de la petitesse ? — Elles sont comme les premières, ce me semble, Socrate, c’est-à-dire comme les parties du visage à l’égard du visage entier. — Les hommes, continuai-je, ont-ils part, les uns à telle des parties de la vertu, les autres à telle autre, ou faut-il nécessairement, quand on en possède une, qu’on les ait toutes ? — Pas du tout, dit-il, puisque l’on voit souvent des hommes courageux qui sont injustes ou des hommes justes qui ne sont pas sages. — Ce sont donc aussi, dis-je, des parties de la vertu, la sagesse et le courage ? — Rien n’est plus certain, répliqua-t-il, et la sagesse est la plus importante de ces parties. — Et chacune de ces parties, demandai-je, est différente de l’autre ? — Oui. — Est-ce que chacune d’elles a aussi sa propriété, comme les parties du visage ? L’oeil n’est pas tel que l’oreille et n’a pas la même propriété, et aucune autre partie n’est pareille à une autre ni pour la propriété ni pour tout le reste. En est-il donc de même des parties de la vertu ? ne sont-elles pas, elles aussi, différentes l’une de l’autre et en elles-mêmes et dans leur propriété ? N’est-il pas évident qu’elles le sont, s’il faut suivre jusqu’au bout là comparaison ? — C’est vrai, Socrate, dit-il. — Alors, dis-je, parmi les parties de la vertu, il n’y en a pas une qui soit pareille à la science, à la justice, ni au courage, ni à la tempérance, ni à la sainteté ? — Non, dit-il. — Eh bien, alors, repris-je, examinons ensemble ce qu’est chacune d’elles. Commençons par la justice : est-elle quelque chose de réel, ou n’est-elle rien ? Pour moi, je trouve que c’est quelque chose de réel. Et toi ? — Moi aussi, dit-il. — Eh bien, si quelqu’un nous disait à tous deux : Dites-moi, Protagoras et Socrate, ce que vous avez nommé tout à l’heure la justice est-elle en soi juste ou injuste ? moi je lui répondrais qu’elle est juste. Et toi, ajouterais-tu ton suffrage au mien, ou es-tu d’un autre avis ? — Je suis de ton avis, dit-il. — Alors, la justice est la même chose qu’être juste ? Oui, répondrais-je à mon questionneur. Ne répondrais-tu pas de même ? — Si, dit-il. — S’il nous demandait ensuite : Ne dites-vous pas qu’il y a aussi une sainteté ? nous répondrions oui, je suppose ? — Sans doute, répondit-il. — Ne dites-vous pas que cette sainteté aussi est quelque chose ? Nous le reconnaîtrions, n’est-ce pas ? Il en tomba d’accord aussi. — Mais à votre avis, cette sainteté est-elle en soi la même chose qu’être impie ou qu’être saint ? Je me fâcherais, moi, d’une telle question, et je répondrais : Parle mieux, l’ami. Il n’y aurait vraiment plus rien de saint, si la sainteté même n’était pas sainte. Et toi, ne répondrais-tu pas comme moi ? — Absolument comme toi, dit-il. {{indexmenu>.#1|skipns=/^playground|^wiki/ nsonly}}